Un esprit sain dans un corps sain

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Un esprit sain dans un corps sain… C’est bien ce que l’on nous argumente pour nous inciter à une pratique sportive non? Dans l’absolu, cet adage devrait aussi s’appliquer à nos chiens. Sauf que, comme à peu près à chaque fois que nous humains, nous nous en mêlons, c’est à mettre au conditionnellement.

Je ne vais pas parler ici de la pratique de haut niveau. Elle est très certainement porteuse de ses propres dérives et problématiques mais je ne les connais pas. Il sera ici question des chiens qui pratiquent une activité sportive dite de loisir (ce qui n’exclue pas la compétition), ce qui concerne tout de même l’énorme majorité des pratiquants.

Offrir à un chien de compagnie une activité sportive, sur le papier c’est une bonne chose. Le problème majeur de nos chiens, c’est l’ennui. Le sport leur permet d’avoir une activité physique et mentale (plus ou moins de l’un et de l’autre, mais jamais uniquement de l’un ou de l’autre), de façon régulière, dans une interaction positive avec leur humain. Notre pratique est porteuse de 2 risques:

– C’est un loisir, nous ne voyons donc pas notre chien comme un athlète. Pourtant, quel que soit le niveau atteint, nous lui demandons de produire un effort physique, sous contrôle. Il devrait être préparé physiquement et psychologiquement à cela.

– C’est notre chien, notre compagnon. Difficile pour nous de concevoir qu’il puisse ne pas vouloir cette interaction avec nous, pas celle là, pas comme ça.

Assez palabré, rentrons dans le vif du sujet.

Un physique préparé.

Qu’est ce qu’on entend par préparation physique?

Il y a différents volés ici: la musculature et la proprioception.

Une bonne musculature permet certes d’augmenter les performances, mais aussi une meilleure capacité de récupération et un risque de blessures moindre.

Les courbatures, les crampes, la fatigue musculaire proviennent de l’accumulation de l’acide lactique ( conséquence de la production d’énergie nécessaire à l’effort) dans les muscles.

L’entrainement permet 2 choses:

– Une meilleure tolérance des muscles à l’acide lactique

– Une amélioration des capacités cardio respiratoires, et donc un meilleur traitement des déchets (Dont acide lactique)

En d’autres termes, plus votre chien est musclé, plus il est performant, plus il récupère vite et moins il souffre.

Cet été, j’ai fait un stage frisbee avec Linux. En arrivant là bas, je savais qu’il était en surpoids, c’était en cours de rectification.

Mais je ne soupçonnais absolument pas qu’il s’était autant demusclé! Le décès de Buddy, mon boulot, la maladie de Flappy, autant de facteurs qui nous ont mené là.

Résultat: il n’a pas touché un frisbee pendant un mois. Le temps de travailler le fonds.

Cette préparation est à coupler avec une deuxième qu’on appelle proprioception. La proprioception c’est : « l’ensemble des centres nerveux qui permettent, de façon consciente ou non, la perception de soi même, et particulier, la position et le tonus de ses membres  » (Définition de Fregis).

En gros, c’est savoir où sont et que font les différentes parties du corps.

Chez le chien, les pattes avants supportent 65% du poids, son arrière main, c’est pas franchement quelque chose de concret pour lui. La proprioception permet de travailler là dessus, et elle améliore également la stabilité des articulations.

Là encore cela joue sur la performance parce qu’il fera peu de barres en agility par exemple, parce qu’il saura qu’il faut lever les pattes arrières aussi, ou effectuer des tricks assez complexes dans une chorégraphie d’obérythmée, mais aussi et surtout, cela diminue le risque de blessure.

Il est beaucoup moins risqué de demander saut et réception à un chien qui maitrise parfaitement son corps.

La proprioception, on maitrise plutôt ici 🙂

Bien entendu le degré de préparation nécessaire ne sera pas le même suivant le sport que vous pratiquez, le pistage ça n’a rien à voir avec le frisbee en terme d’exigence physique, et en fonction de votre niveau. Mais dans tous les cas, la pratique du sport canin demande une préparation et un entretien.

Et puisqu’on parle de degré, vous déterminez le degré de préparation, mais il faudra aussi fixer celui de l’effort. Un chien qui est motivé par le frisbee ne va pas forcément s’arrêter de lui même. C’est à vous d’observer les signes et d’arrêter, afin d’éviter qu’il ne se blesse.

Et pour continuer sur les histoires de blessures, courbatures et compagnie: l’échauffement et le retour au calme sont 2 impératifs. Je pense que toute personne ayant déjà assisté à un concours d’agility a déjà vu le coup du « Je te sors de ta caisse, on fait le parcours et tu y retournes ». L’échauffement permet d’éviter déchirure, élongation et autres joyeusetés, le retour au calme l’accumulation d’acide lactique dans les muscles.

Gérer la frustration/ l’excitation.

Un des facteurs qui font que les sports canins sont parfois décriés, c’est l’excitation des chiens sur le terrain.

Pas si facile d’expliquer la différence entre motivation et excitation, la frontière peut être tenue. Pourtant c’est important de savoir rester au niveau de la motivation et de ne pas monter vers l’excitation. Un chien qui s’excite perd de ses auto contrôles et devient de fait potentiellement plus dangereux. Et accessoirement il est aussi moins capable de se concentrer et donc d’apprendre efficacement / exécuter correctement.

Pour essayer de rendre ça un peu plus clair je vais utiliser le graphique valence/éveil qui a été présenté par Charlotte Duranton et Eleonore Buffet au séminaire Dog Revolution. La joie (= motivation) et l’excitation sont 2 états positifs pour l’animal, mais le deuxième utilise plus d’énergie que l’autre. Les comportements sont plus exacerbés. Concrètement, un chien qui s’excite va aboyer, trépigner, sauter, prendre en gueule etc.

Pour exemple, quand je rentre chez moi après une journée de travail, Flappy vient me voir en remuant la queue. On ne s’est pas vu depuis un moment, je suis quelqu’un qu’il apprécie, il est motivé à avoir une interaction avec moi. Quand je vais le récupérer chez sa véto, son comportement est beaucoup plus expansif, beaucoup plus actif (il utilise beaucoup plus d’énergie), il saute, il aboie, il est excité de me revoir.

L’excitation est un état assez proche de la frustration et un rien risque de faire passer le chien de l’un à l’autre. Vous prenez une balle, votre chien est excité, il la veut, il tourne, aboie, vous ne la lancez pas, il entre en frustration.

Frustration/ excitation, ce sont 2 choses que le chien peut apprendre à gérer, que vous devez lui apprendre même. Même un chien qui ne pratique pas de sport doit faire ces apprentissages, mais c’est encore plus le cas pour un sportif. Il doit pouvoir attendre son tour calmement au bord du terrain, ne pas attraper le frisbee dans votre main, attendre le départ de la course etc. On en parle ici et ici.

A noter que pour un chien soit capable de gérer ses émotions, il faut qu’il est une vie équilibrée, que ses besoins soient respectés. Plus un événement est rare, plus il est marquant. Autrement dit, moins votre chien a de sources d’exercices, d’interaction avec vous, en dehors des séances de travail, plus il aura dû mal à se gérer durant celles ci. Un chien sportif est avant tout un chien.

En résumé, un chien qui pratique un sport a besoin d’avoir une condition physique adaptée, qui lui permette de vous suivre sans risquer de se blesser et sans se crever, et il faut veiller à ce le jeu reste une source de plaisir, d’expression pour lui et non pas un facteur de stress.

Emmener un chien sur un terrain de travail c’est beaucoup de travail préalable, ce qui m’amène à mon dernier point: la pratique précoce des chiens.

Comme toujours chez le chien, les promenades sont un indispensable pour atteindre nos objectifs.

Débuter un sport avec un chiot.

Je ne suis pas une grande spécialiste du « montage » des chiots, mais il y a des faits attachés à leur condition de bébé qu’il ne faut pas négliger lorsqu’on débute un sport avec un chiot.

– La gestion des émotions.

Les chiots sont en construction de leurs auto contrôles ( » Capacité à gérer ses émotions face aux sollicitations de l’environnement » Fanny Walther – AREG). Une sur stimulation du chiot nuit à l’acquisition de ces auto contrôles.

Par ailleurs, il est important d’essayer au maximum de ne confronter le chiot qu’à des expériences positives qui seront son référentiel de base par la suite. Une mauvaise gestion de la bascule sur un adulte c’est une chose, sur un chiot s’en est une autre. Sans compter que le chiot passe par une période de peur entre ses 3 mois 1/2 – 4 mois et ses 7 mois environ.

La construction

Durant la croissance sauts, torsions, les mauvaises réceptions, les contorsions en tout genre peuvent avoir de graves conséquences, parfois sans retour en arrière possible.

La croissance en longueur et hauteur est fini vers 5 mois pour les touts petits gabarits, 12 pour les grands et 10 pour les chiens d’une quinzaine de kilos. Un bon équilibre est lui acquis respectivement vers l’âge de 6, 12 et 8 mois.

L’idée n’est pas de diaboliser la préparation au sport des chiots mais d’alerter sur l’importance de faire très attention à ce que l’on fait, à ne pas vouloir aller trop vite, trop loin.

Et pour finir, parce que cela me tient à coeur, n’oubliez jamais de poser la question à votre chien.

J’ai lu récemment un article sur The Magic Clicker qui traitait de la motivation et du mantra « Motive le » sur les terrains.

Si votre chien manque d’entrain, demandez vous:

– L’environnement lui convient?

– Est ce que ma demande est accessible?

– Est ce que mon rythme de renforcement est bon, est ce que mon renforcateur est adapté?

Si la réponse à toutes ses questions est oui, alors il faut se poser des questions sur l’attrait du chien pour la discipline elle même.

Je ne pense pas que pratiquer un sport canin nécessite un gros conditionnement, que c’est contre nature d’une certaine façon. Les sports font appel aux instincts du chien, à des patrons moteurs. Par exemple j’ai certes conditionné Linux à avoir un intérêt pour le frisbee qui n’est pas un objet qui l’attire par nature, mais la poursuite et la prise en gueule sont des comportements ancrés chez lui, dont il a besoin et qu’il apprécie. Pour Flappy et la recherche d’objet c’est encore plus simple, je donne le départ mais rechercher quelque chose d’intéressant avec sa truffe, c’est tout ce qu’il y a de plus naturel pour un chien.

Mais si le sport fait appel à des instincts, à des comportements naturels, tous nos chiens n’ont pas les mêmes propensions et n’ont donc pas les mêmes inclinaisons naturelles pour toutes les activités.

Le sport canin doit avant tout rester un jeu, un moyen pour votre chien de combler ses besoins, et une interaction positive. Laissez le choisir.

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