Avoir plus d’un chien, la question de la cohabitation

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Les foyers accueillant plusieurs chiens ne sont pas rares, et si pour un bon nombre ce n’est que du bonheur, pour certains des tensions ont émaillé le quotidien, voir l’ont rendu impossible.

Les paramètres à prendre en compte lors de l’adoption d’un nouveau chien ne sont pas les mêmes que lors de l’adoption du premier. Si nous avons une meilleure idée de ce que nous aimons et souhaitons chez notre chien, de notre investissement personnel et plus de connaissances sur ce qu’est un chien, nous ne visualisons pas toujours ce que l’arrivée d’un nouvel ami à quatre pattes implique.
Parce que si on peut faire une relation mathématique entre le nombre de chiens et les dépenses à prévoir, ce n’est pas si facile pour ce qui est du temps à consacrer… ou des embêtements à prévoir!

Petite check-list des indispensables pour que la vie de famille soit harmonieuse.
PS: Par commodité d’écriture, je vais considérer ici le cas où l’on passe de 1 à 2 chiens. Mais la logique est la même quel que soit le nombre de chiens vivants avec vous, et quelque que soit le nombre de chiens que vous souhaitez adopter.

Avant l’arrivée du nouveau chien.

  • Préparer le chien présent

Connaissez vous l’apprentissage observationnel? En résumé, un individu va apprendre à produire un nouveau comportement après avoir observé un congénère réaliser ce comportement.
Ce qui peut être chouette, grâce à votre premier chien, votre second pourra apprendre plus rapidement et efficacement le assis, le rappel, le « tu attends » etc.
Sauf que vous ne pouvez pas décider à la place de votre nouveau chien les comportements à observer et reproduire de ceux à black lister.
Donc si N°1 a la fâcheuse habitude de voler les chaussures et monter sur la table basse, vous pouvez raisonnablement craindre que N°2 s’y mette aussi. Surtout que cet apprentissage est d’autant plus performant que les individus sont proches, et c’est souvent ce que l’on souhaite avec nos chiens.

Et il ne s’agit là que de petites « bêtises », de choses agaçantes mais qui ne sont pas symptômes d’un chien mal dans ses pattes.
Imaginez que votre chien détruise lorsque vous êtes absents parce qu’anxieux d’être sans vous ou qu’il se jette sur les chiens qui croisent sa route pour les faire fuir. Ici vous serez face à 2 problématiques pour chien n°2:

  • Le mimétisme comportemental: j’arrache les plinthes comme le copain, ou je fonce en aboyant comme le copain.
  • La contagion émotionnelle. C’est une forme basique de l’empathie qui permet au chien de ressentir les émotions des autres. Et là encore, plus le lien est fort, plus la contagion est forte.

Autrement dit, avant d’accueillir chien N°2, il est préférable de s’attarder sur les problèmes rencontrés avec chien N°1.
Les comportements agaçants mais sans conséquences comme le chapardage de nourriture ou l’habitude de sauter sur les gens, peuvent devenir bien plus pesants au quotidien lorsqu’ils ne sont plus 1, mais 2 à le faire. Si il n’est pas nécessaire que tout soit parfait, carré, avant l’arrivée d’un nouveau chien, il faut au moins avoir identifié les sottises récurrentes et déterminé un plan d’action, pour réduire leur apparition chez chien 1 et éviter au maximum que chien 2 ne prenne un mauvais pli.

Pour ce qui est des troubles du comportement, une réflexion plus poussée doit être faite sur le timing: Est ce vraiment le moment d’accueillir un nouveau chien chez moi? Serais je capable de gérer si mon nouveau compagnon finit par manifester les mêmes troubles? Serais je capable de gérer 2 chiens « à problème » si mon nouveau chien présente un autre trouble du comportement (passif, accident, erreur humaine etc)? Ces questions sont vraiment fondamentales, quiconque ayant vécu avec un chien avec des troubles du comportement sait comme cela peut être stressant, chronophage, démoralisant. Suivant le problème du chien déjà présent, la configuration de la famille, les connaissances de chacun, l’environnement etc, accueillir un autre individu peut être possible, mais parfois il vaut mieux attendre, sinon d’avoir réglé le problème, d’avoir fait certains progrès.

Enfin dernier point: introduire un nouveau chien dans le foyer implique que celui déjà présent va devoir partager: l’attention de ses humains et son espace au moins, ses jouets et trucs à mâcher parfois.
Avant l’arrivée du petit nouveau, il est intéressant de travailler avec le premier sur sa gestion de la frustration, afin de l’aider à accepter de ne pas tout avoir quand cela se présente/ quand il le souhaite.

  • Le choix de l’individu

Lorsque l’on a déjà eu un chien, on sait plus ce qu’on aime et ce que l’on aime moins, ce qu’on voudrait faire, ce que l’on recherche et ce que l’on préfère éviter.
Sauf que cette fois, il n’y a pas que vos préférences à prendre en compte, celles de votre chien aussi. Je ne dis pas que le choix de votre nouveau chien doit être le casting du meilleur ami du premier . Par contre, vous devez identifier à l’avance les terrains d’entente et les points de friction possibles, afin de gérer au mieux les débuts de leur vie commune (j’en profite d’ailleurs pour une mise en garde: si il est naturel de rêver à une entente parfaite, de siestes ensembles, de joyeuses parties de jeux et d’une réelle complicité entre nos 2 chiens, il faut bien garder à l’esprit que le coeur a ses raisons que la raison ne connait point. Si on peut faire en sorte que l’entente soit bonne, on ne peut pas forcer une amitié entre chiens).

Quelques cas qui demandent une vigilance particulière :

  • Un très grand écart d’âge.

Faire entrer dans la vie d’un chien âgé (ou malade) un jeune chien plein de vie peut certes lui redonner de l’entrain, mais cela représente aussi pour lui une perte de tranquillité, des douleurs possibles (se faire percuter, même pour jouer, quand on a de l’arthrose, c’est un tantinet douloureux), potentiellement une perte de ressources (un vieux chien ne défendra pas forcément son sabot de veau, sa peluche, voire sa gamelle devant un jeune premier).
Il faut donc veiller à laisser des temps de repos calmes au petit vieux, à apprendre au petit jeune à être doux dans ses interactions et à une juste répartition des ressources, quitte à séparer de temps en temps.

  • Un chien excitable avec un chien peu tolérant.

Certains chiens apprécient peu les débordements de leurs congénères, les comportements un peu trop excités ou envahissants, les sollicitations pas « au bon moment » etc.
Faire vivre un chien aimant son calme, son espace et n’hésitant pas à le faire savoir avec un chien exubérant demande un certain encadrement, afin d’éviter les tensions récurrentes et les situations pouvant dégénérer.

  • Un très grand écart de gabarit.

Pas besoin d’épiloguer ici, il est assez évident que la cohabitation entre un chihuahua et un berger allemand demande des précautions si on veut éviter un accident.

  • Un grand écart de besoin d’activité.

Plusieurs configurations peuvent être problématiques ici.

  1. Vous offrez aux 2 le niveau d’activité du moins demandeur. Le plus exigeant risque fort de ne pas y trouver son compte et de le manifester par un tas de comportements gênants: destruction, vocalise, léchage, chien harceleur…
  2. Vous offrez aux 2 le niveau d’activité du plus exigeant. Soit l’autre s’adapte (et dans certains cas ça se fait sans problème), soit il suit comme il peut jusqu’à ne plus pouvoir (par exemple dans le cas d’un chien plus âgé, avec un physique peu adapté à un exercice intense/fréquent/long, avec une pathologie limitante), avec les risques sur la santé qui vont avec.
  3. Vous offrez à chacun le niveau d’activité qui lui convient, et dans ce cas, il faut veiller à ce que le moins demandeur, et donc celui avec lequel vous sortirez moins/ travaillerez moins/ jouerez moins, ne vive pas mal de vous voir partir ou partager quelque chose avec l’autre.
  • 2 chiens très possessifs.

Certains chiens sont très protecteurs des ressources (toutes ou certaines) dont ils disposent, soit parce que ces ressources ont une grande valeur pour eux, soit simplement parce qu’ils aiment garder.
Dans tous les cas, il vous reviendra de gérer la mise à disposition des ressources, leur nature, le contexte, les interactions entre vos chiens et avec vous, pour que la situation ne tourne pas au vinaigre.

Une vie commune agréable pour tous

Ca y est le choix est fait et votre nouveau compagnon est là.
Afin de mettre toutes les chances de votre côté pour que la cohabitation entre tous soit sereine et agréable, il est important de garder certaines choses en tête.

  • Le partage des ressources

Vivre à plusieurs, cela signifie aussi potentiellement être plusieurs à vouloir la même chose au même moment : ce jouet, ce panier, cette oreille de cochon et pas une autre et les genoux de l’humain.
Quelques conseils pour éviter les prises de becs:

  • La règle du N+1. Pour les choses que vous laissez à disposition, prévoyez toujours plus d’unités que vous n’avez de chiens. Par exemple si vous avez 2 chiens, plutôt que d’acheter 2 sabots de veau, prenez en 5.
  • Ne pas donner les gamelles côte à côte. Chacun a le droit de manger sereinement, et c’est tout de même plus simple sans la peur de se faire piquer sa pitance par le voisin/ l’envie d’aller piquer la pitance du voisin.
  • Les sprinkles. Manger les uns à côté des autres, sans ressource à défendre (aussitôt trouvé, aussitôt avalé) au cours d’une activité relaxante, une très bon exercice de partage.
  • Laisser la possibilité de s’isoler. C’est un des intérêts à avoir des cages, niches et autres couchages fermés, ils permettent au chien d’emmener ce qu’il souhaite dans un espace confiné, avec peu d’accès et donc d’être moins vigilant.
    Si en plus vous apprenez à vos chiens à ne pas aller en voir un autre lorsqu’il est dans sa « maison », vous offrez à chacun la possibilité d’être au calme avec sa ressource, sans devoir menacer pour la garder.
  • Apprendre à attendre. Que ce soit dans les moments de soins, de tendresse, de jeu ou de travail, chaque chien appréciera que l’autre ne vienne pas forcément s’en mêler. Apprenez à vos chiens à ne pas interférer dans chacune de vos actions et à attendre son tour, les choses seront plus simples et plus agréables pour tout le monde.

De façon générale, c’est à vous d’évaluer la valeur de chacune des ressources pour vos chiens, leur tendance à la garde et de déterminer si oui ou non vous pouvez leur laisser à disposition ou si il faut maîtriser le contexte de distribution.
Il vous faudra aussi savoir distinguer un échange normal de politesses entre chiens se « chamaillant » un bois de cerf (Tu l’as, je viens voir si par hasard je ne pourrais pas le prendre, tu grognes, je m’en vais – par exemple) d’une interaction tendue et qui pourrait déraper.
Certains chiens prennent un réel plaisir à garder, d’autres à chaparder systématiquement ce qu’ont les autres et là aussi, c’est à nous humain de gérer.

  • Du temps pour chacun

Il y a deux volets ici:

  • Du temps pour chacun, seul.
    Vivre en groupe demande des compétences sociales, de l’énergie. Vos chiens apprécieront de pouvoir se reposer, à l’abri de toute sollicitation.
  • Du temps pour chacun, avec vous. Même si vous apprenez à vos chiens à attendre leur tour pour pouvoir être plus spécifiquement avec l’un lorsque nécessaire, l’autre est toujours présent. Même si vous êtes dans l’action avec l’un, une partie de votre cerveau reste avec l’autre, et vous vous adressez à lui de façon ponctuelle (pour lui demander d’attendre, le féliciter de le faire).
    Il est important de passer des moments seul avec chacun de vos chiens, pour entretenir le lien, observer et noter des changements, des envies, des initiatives, partager ensemble ce qui lui plaît le plus à lui, lui permettre de s’exprimer sans faire attention à ce qu’il communique alors à son congénère.
    Cela peut se faire dans le cadre d’une activité sportive ou d’une balade. Il n’y a pas de règle pour la fréquence, chaque chien ayant son besoin propre, en fonction de son individualité, de son quotidien, de la relation qu’il entretient avec son comparse et de celle qui le lie à vous
  • Les absences

Parmi les motifs qui poussent à prendre un deuxième chien, il y a le souhait de ne plus le laisser seul lors de nos absences. Le chien étant un animal social, la solitude n’est en effet généralement pas sa tasse de thé.
Il est toutefois des situations dans lesquelles, la dite solitude reste préférable.
En effet, que font des chiens qui restent seuls ensembles? Et bien… Ca dépend. Certains vont simplement dormir, s’occuper calmement l’un à côté de l’autre, jouer un peu sans se brusquer et là tout va bien. Mais tous les binômes ne sont pas si posés. Si il y a un risque d’accident (par exemple un jeune boxer un peu joueur, un peu insistant avec un épagneul papillon), de conflit ( si vous laissez des trucs à ronger à des chiens qui risquent de défendre un peu ardemment leur dû), qu’ils envoient valdinguer tous les meubles (deux jeunes chiens qui jouent ensemble avec entrain, ça peut faire des dégâts), il vaut mieux rester prudent et les laisser chacun chez soi.

Par ailleurs, même si vous pouvez sans problème les laisser ensemble lorsque vous allez travailler, il leur faudra tout de même apprendre à rester l’un sans l’autre, et sans vous. Que ce soit pour aller chez le vétérinaire ou passer un moment privilégié avec l’un d’entre eux, il arrivera que vous ne puissiez/ vouliez pas prendre les 2. Cette séparation doit donc être travaillée, tout comme on apprend à un chien unique à rester seul.

Prévoir l’avenir

Ce n’est ni un sujet agréable, ni un sujet facile mais il est important de le soulever. Un jour, l’un de vos chiens partira, et l’autre se retrouvera seul. Le décès du congénère représente au moins une perte de repère pour le chien qui reste (quand les individus n’avaient que peu de liens) et peut même être un véritable traumatisme lorsqu’il y a un réel et profond attachement entre les deux.
C’est aussi pour cela qu’il important de passer des moments seul avec chacun de ses chiens, pour rester un repère à leurs yeux, au moins au même titre que le congénère, mais aussi pour le connaître sur le bout des doigts, et ainsi savoir évaluer au mieux l’impact émotionnel de la perte du compagnon canin.
Et c’est aussi pour cela que savoir rester seul, sans son comparse est important. Imaginez que vous ne soyez jamais resté seul de votre vie, et que cela vous tombe dessus comme ça au bout de 10 ans. Si on peut éviter d’ajouter cette angoisse au stress de la perte de l’autre, c’est mieux.

 

Ce petit BAba de la vie à plusieurs chiens n’est pas exhaustif. En fonction de votre foyer, des chiens et des humains qui le composent, de votre quotidien et vos loisirs, des habitudes seront prises. Chaque foyer a sa petite musique, dont la mélodie évolue au fil du temps.
Toutefois, dans tous les cas, réfléchissez bien à qui vous allez intégrer dans votre foyer et à quel moment, veillez à ce que chacun y soit confortable et en sécurité, et, bien qu’être un groupe soit très agréable, ne négligez pas les individus.

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Une réflexion au sujet de « Avoir plus d’un chien, la question de la cohabitation »

  1. Article très intéressant… Mais je dirai que, pour certains conseils, il y a des choses qui relèvent du bon sens…je suis rassuree d’avoir mis en place, spontanément, la plupart de ces conseils pour intégrer, il y a quelques mois, un nouveau compagnon… Mais comme vous l’indiquez, si la cohabitation globalement, se passe bien, on ne peut pas forcer une ‘amitié’ entre chiens et j’ai parfois l’impression qu’ils se tolèrent…en revanche, je retrouve bien la problématique d’entretenir une relation en solo avec l’un sans générer de frustration et de jalousie de la part de l’autre… C’est d’ailleurs un sujet survenues je culpabilisais un peu…. Moins maintenant que j’ai lu votre article…

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