Changer de point de vue

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Changer de point de vue pour mieux voir… Ou ici, arrêter de voir pour mieux sentir.

Ces dernières années, nous avons fait beaucoup de progrès dans la compréhension de nos chiens, leurs codes et leurs besoins. Ainsi le grognement n’est plus perçu comme un défi à l’autorité mais comme un signal d’alarme, le langage corporel est de plus en plus étudié et analysé et nous avons appris qu’un chien a besoin de sortir pour être équilibré.
Bref, nous avons fait preuve d’empathie pour tenter de comprendre besoin et motivation, de voir le monde de leur point de vue pour tenter de les accompagner au mieux.

Et si il y a bien une chose qu’il faut prendre en compte si on veut essayer de percevoir le monde comme nos chiens, c’est bien leur flair.

On dit souvent que le flair des chiens est bien plus puissant que le notre parce qu’ils possèdent beaucoup plus de cellules olfactives. C’est vrai, chaque chien possède des centaines de millions de cellules olfactives de plus que nous, mais ce n’est pas tout. C’est toute la construction de l’appareil olfactif du chien qui en fait un animal vivant dans un monde d’odeurs, de la position de son nez, lui ouvrant le chemin vers le monde, à sa façon de renifler, en passant par le nombre de cellules dédiées.

Le nez du chien, avec sa surface humide, accroche les odeurs puis les absorbe.
Les chiens sont capables d’utiliser leurs narines de façon séparées et différenciés, pour mieux capter et analyser les odeurs.
Suivant ce qu’ils cherchent à savoir, ils vont adapter leur manière de renifler: un long reniflement pour percevoir à distance, des courts mais rapprochés lorsque la source est proche, se transformant alors en véritables scanners, la truffe au sol (lorsqu’ils reniflent ainsi, ils sont capables de prendre 5 à 12 minis inspirations par seconde).

Mais non seulement, ils ont LA technique pour renifler, mais ils ont également la technique pour expirer. En expirant ils créent de minis volutes d’air, concentrant ainsi les molécules odorantes avant de les inspirer à nouveau.
D’une certaine façon, les chiens ruminent l’air afin de mieux analyser les odeurs qu’il contient.
Et cette analyse commence même avant que l’information n’arrive au cerveau.

Avec presque 5% de son génome dédié à la fabrication des récepteurs d’odeurs, le chien est tout simplement fait pour se laisser conduire par les odeurs.

Mais qu’est ce que cela signifie vraiment, pour notre chien dans son quotidien? Avoir un super pouvoir c’est une chose, mais finalement ce qui compte c’est la façon dont on s’en sert.

Commençons par sa perception du monde en général.

Le monde selon le nez du chien

Même si il voit le lapin lui passer sous le nez, les gens lui passer à côté ou la belle poubelle au loin, le flair du chien va lui donner tellement plus d’informations que ses yeux. Il va non seulement lui dire vers où part le lapin si il le perd de vue, avec quel chien la personne qui le frôle sur le trottoir partage sa vie et que la poubelle en question contient 3 mouchoirs, un reste de sandwich au thon et une bouteille d’eau, mais aussi ce qu’il s’est passé ici avant et ce qui va arriver.
Lors de votre balade matinale il va sentir le passage des chats sur les trottoirs durant la nuit et l’arrivée au coin de la rue de la voisine et son chien par exemple. Le sol et l’air ambiant auront conservé les traces des passages et événements passés, le vent lui apportera des informations sur ce qui vient vers lui, ou sur ce vers quoi il va.
Autrement dit, grâce à son flair, le chien a non seulement une perception bien plus détaillée du moment présent, mais il « voit » également sur un temps plus étendu.
Là où un environnement vous paraît bien pauvre, il peut être chargé d’informations pour votre chien.

Le nez dans les contacts congénères

Vous l’aurez remarqué, les chiens se disent bonjour par le nez, se reniflant les oreilles ou l’arrière main.
Lors de cette prise d’information, le chien sent le sexe, l’âge, l’état émotionnel, l’état de santé et même la composition des derniers repas de son interlocuteur. Autant d’informations capitales lui indiquant comment se conduire, si il doit s’éloigner pour éviter un conflit ou tenter une manœuvre de reproduction par exemple.

Chaque chien secrète sa propre odeur, ce qui leur permet de se reconnaître entre eux, mais ce qui a également permis d’avancer l’idée que le chien a une conscience de lui même.
Le test le plus utilisé pour déterminer si un animal a conscience de lui même, c’est le test du miroir. On colle quelque chose sur le miroir, ce qui modifie l’apparence de l’animal lorsqu’il se regarde. En conséquence, il essaie de retirer ce machin de son propre corps.
Les chiens n’ont jamais montré d’intérêt pour leur reflet dans le miroir, mais cela signifie t il qu’ils ne sont pas capables de se reconnaître ou simplement que l’identification visuelle n’est pas leur façon de fonctionner?
Alexandra Horowitz a adapté le test du miroir à une identification olfactive: quelle serait la réaction d’un chien face à l’odeur de sa propre urine légèrement altérée? Les résultats de l’expérience tendent à montrer que le chien connaît sa propre odeur, et par là, qu’il a une certaine conscience de lui même.

Le nez du chien et nous

Le flair de notre chien est également très impliqué dans sa relation avec nous.
Vous avez surement vu une de ces vidéos sur internet où un chien retrouve une personne qu’il n’a pas vu depuis longtemps, souvent physiquement différente de l’époque où il l’a connu, et où le chien reste en retrait… Jusqu’à ce que son nez lui dise qui s’est!
Nos chiens savent qui nous sommes par notre odeur, dans quel état émotionnel nous sommes, mais aussi dans combien de temps nous rentrons. Là encore une superbe histoire décrite dans le livre d’Alexandra Horowitz, Being a dog, où elle expose que le chien sait quand nous rentrons par la concentration de notre odeur dans l’air de la maison. Admettons nous partons généralement 4h. A notre départ, notre odeur est partout et sa concentration décroît à mesure que le temps passe, jusqu’à atteindre le niveau caractéristique des 4h écoulées, que notre chien reconnaît.

 

En dehors du lien que le flair fait entre nous et notre chien, il est très impliqué et devrait être très considéré dans l’éducation et les activités que nous pratiquons.

Les odeurs dans la gestion de l’environnement

Un des énormes paramètres et facteurs de réussite en éducation et rééducation comportementale est la gestion de l’environnement. Or, considérer l’environnement de notre point de vue serait une erreur, nous omettrions beaucoup de paramètres et mettrions potentiellement notre chien en échec.

Je vous donne un exemple concret récent. Ma chienne est née dans la rue et a vécu de ses 6 semaines à ses 4 mois et demi dans un refuge en Espagne. Elle a été habituée à vivre dans espace restreint avec des individus peu variables.
Si elle n’a pas a proprement parlé peur de la ville, elle est en revanche très inconfortable face au monde, qu’il soit canin ou humain d’ailleurs. Peu d’individus, cela lui convient très bien, beaucoup, elle ne peut plus tout observer, analyser, impossible d’adapter déplacements et attitudes quand le nombre d’interactions possibles est si grand, elle est alors en état de stress.
Il y a bien sûr un travail à faire sur sa confiance en elle même et ses capacités sociales avec humains et chiens.
Mais pour l’habituer au monde, j’ai aussi pu l’emmener dans des endroits où il y a du monde… A des heures où tout est désert.
Elle n’a pas besoin de voir du monde pour savoir qu’il y en a eu, et être à l’aise dans un environnement qu’elle sait très fréquentée – même si ce n’est pas le cas à l’instant T – est déjà une étape.

Autre exemple, le cas du rappel.
Si vous travaillez le rappel avec un chien pisteur, voir chasseur, la rosé du matin n’est pas votre amie. Même si toutes les petites bêtes sont rentrées chez elles, les traces de leurs passages sont là, rendues bien faciles d’accès par ces gouttes au raz du sol qui les conservent et les concentrent.
Vous mettez votre chien dans un environnement bien plus tentant – et donc êtes bien moins dans un environnement favorable à l’apprentissage- au petit matin que quelques heures plus tard.

Et c’est extensible aux chiens réactifs chiens qui vont sentir les congénères avant qu’ils n’arrivent dans notre champs de vision, aux chiens qui ont peur des pétards et vont prendre peur en balade sur une place un lendemain de 14 juillet, aux chiens gourmands qui vont tourner dans le jardin le nez en l’air, parce que quelqu’un 3 rues plus loin fait un barbecue.

Que ce soit pour planifier une éducation ou une rééducation, ou simplement pour comprendre un comportement de votre chien, n’oubliez jamais le facteur nez.

Les activités pour le nez

Au delà de toute considération technique ou pédagogique, le flair est avant tout une des portes vers le bien être du chien.
Rien n’est plus naturel pour un chien que de se servir de son nez. Ce serait normalement lui qui le guiderait vers la nourriture, vers ses congénères, vers des lieux sécurisants.
Bien sûr aujourd’hui, nos chiens n’ont plus besoin de chercher à se nourrir, nous cadrons les rencontres congénères et déterminons les tracés de balade. Mais le nez, il est toujours là et l’envie, que dis je, le besoin de s’en servir toujours aussi présent.

Ainsi soit il!
Le message est de nombreuses fois passés et je pense qu’aujourd’hui la plupart des humains de chiens savent qu’il faut les laisser sentir en balade. Même si c’est agaçant parfois de faire le piquet au bord d’un réverbère alors qu’il pleut.

Mais nous pouvons faire plus. La balade ça représente quoi, entre 30min et 2heures par jour pour la plupart des chiens? C’est peu de sollicitations pour un nez pareil.
Et non seulement nous pouvons faire plus, mais nous y avons également intérêt. Flairer est une activité qui exige du calme, de la concentration, l’utilisation de son cerveau, tout en demandant beaucoup d’énergie. Et un chien qui se fatigue, par une activité l’amenant vers l’équilibre, sans excitation, c’est l’idéal.

Alors que pouvons nous faire?

Des choses ensemble d’abord: de la recherche d’objet ou d’humain, du pistage.
Des choses seul ensuite comme les sprinkles, ou plus simplement la recherche d’aliments sur une grande surface d’herbe, ou l’utilisation de tapis de fouille ou de jeux cognitifs.

Nous pouvons également enrichir son environnement, cet appartement ou ce jardin clos, où les odeurs varient si peu, en lui ramenant des odeurs de l’extérieur: des tugs fourrés de poils de lapins tout juste brossés ou de la paille de l’écurie d’à côté pourquoi pas?
Mais je reviendrais en détail là dessus très bientôt, j’y travaille! Parce que finalement, c’est bien chez nous que notre chien passe le plus clair de son temps. Il passe donc la majorité de sa vie dans un environnement où son nez s’ennuie. Voilà qui est rudement dommage et changer cela pourrait changer bien d’autres choses.

Voilà pour ce petit point sur la truffe du chien, je vous invite à le regarder explorer son monde à sa façon, je vous assure que c’est fascinant… Et que souvent, nous aimerions que notre monde soit une explosion de sensations comme semble l’être le sein.

 

 

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