Choisir pour autrui n’est jamais sans conséquence

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Les méthodes coercitives fonctionnent. Impossible de dire le contraire.
Ce qui a conduit (et conduit toujours) à les désapprouver comme méthode éducative, ce n’est pas leur résultat, mais leurs conséquences désastreuses sur l’individu chien. Inhibé, nié dans ses besoins, rejeté en tant qu’être sentient, le chien renonce à toutes initiatives, et parfois à tout ce qui fait de lui un chien.
Utiliser un collier étrangleur pour éduquer un chien n’aura pas pour seul conséquence d’avoir une marche en laisse, un « Tu laisses », un « Assis », un « Couché » etc.
Cela affectera le chien dans sa façon de percevoir et d’appréhender le monde.

Ainsi, poussée par les nombreuses réflexions (plus ou moins étayée) que l’on peut lire un peu partout sur une nécessité de mieux prendre en compte les capacités cognitives de nos chiens, j’ai réfléchi aux impacts possibles d’un travail en R+ P- sur les aptitudes de nos compagnons.

Prenons la situation standard: je détermine le comportement que je souhaite voir mon chien adopter dans une situation précise.
Je gère l’environnement de façon à rendre l’apparition de ce comportement hautement probable, et lorsqu’il survient je le renforce.
Que se passe t il lorsque je valide une réponse comportementale?

  • JE valide une réponse comportementale

La validation du comportement (et l’accès au R+) provenant de l’humain, un des conséquences est d’augmenter l’attrait du dit humain pour le chien.

  • Je valide UNE réponse comportementale

Ainsi, je fais d’une voie possible une autoroute, alors que les autres deviennent peu à peu de minuscules sentiers, à peine visibles sous les mauvaises herbes.

En soit, augmenter la valeur de l’humain ou fermer des portes n’est pas un problème. Comme toujours, tout est question de dosage, et la dose en question acceptable est propre à chaque individu, chaque système. Mais quelles seraient les conséquences si l’humain a trop et si on trop de portes sont fermées (le trop étant fluctuant en fonction des cas, vous l’aurez compris)?
A mon sens les risques sont dépendance et incapacité à s’adapter.

Lorsque l’humain devient l’initiateur de l’apparition de quelque chose de positif (et en R+, un signal est quelque chose de positif, car ayant un grand historique de renforcement)  face à un très grand nombre de stimuli, il devient le recourt face à tous stimuli inquiétants, nouveaux, incompris. L’humain désignant très souvent quoi faire, et ce comportement étant payé, le réflexe du chien sera « Et là, on fait quoi? ».

Lorsque le chien a l’habitude qu’un stimulus = une réponse comportementale, il perd de ses facultés à élaborer des stratégies pour réagir de façon adaptée à des stimuli variés. Disposant d’un répertoire de réactions peu varié, il aura du mal à s’adapter à des situations justement variées.

Bien entendu, il n’est pas question de mettre les méthodes d’éducation coercitives et positives dans le même panier.
Les unes sont indéfendables tant elles nient le respect du chien, aussi bien dans son intégrité physique que dans son statut d’être sensible.

Les méthodes positives, non seulement respectent physiquement et émotionnellement le chien, mais en plus elles le valorisent en le mettant en position de succès et en le rendant acteur dans son apprentissage.
Toutefois, il ne faut pas oublier que si modifier le comportement d’un chien par l’ajout d’un élément positif et apprécié permet de créer un climat sécuritaire, une relation de confiance, de la confiance en soi et une vie commune sécurisée et agréable, il s’agit bien de contrôle.
Plus nous avons un grand degré de contrôle sur notre chien, moins nous leur laissons la possibilité d’exprimer leur esprit d’initiative, car pour cela il faut être capable de prendre des décisions seul dans des contextes variés et variants.

Aussi, je pense qu’il est important de faire la distinction entre le degré de contrôle nécessaire à la sécurité et au respect de tout à chacun, et le degré de contrôle qui augmente notre confort d’humain. Parce qu’à mon sens, le niveau suivant de la bientraitance de nos animaux de compagnie est celui là: leur donner autant de possibilités d’expression que nos milieux de vie le permettent.

Nous savons leur apprendre de façon efficace et dans le plaisir, cette compétence ne devrait pas avoir pour conséquence de brider leur véritable identité.

Tout cela ne signifie pas que nous devons jeter par la fenêtre jouets et friandises et abandonner nos clickers et nos séances d’éducation.
Cela signifie simplement que lorsque nous modifions le comportement d’un être vivant, nous devons le faire en conscience des implications et dans son intérêt.

Plutôt que de choisir une voie et de barrer les autres, peut être devrions nous parfois n’en barrer que quelques unes et laisser notre chien décider lesquelles il souhaite arpenter.

 

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2 réflexions au sujet de « Choisir pour autrui n’est jamais sans conséquence »

  1. J’adhère complètement à votre point de vue, mais le truc c’est que l’humain doit se remettre en question. Moi-même je suis en remise en question et les reponses sur soi et les situations que l’on rencontre ne sont pas toujours évidente.
    Votre article me permet de mettre des mots sur des émotions, idées et met au clair beaucoup de choses. Merci. Je vais vous suivre avec grand intérêt.

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