Liberté et responsabilité

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Pouvoir promener son chien en liberté, pour moi, cela devrait être l’objectif de tous.
Lorsque un chien se promène sans attache, il peut marcher au rythme qu’il souhaite, s’arrêter un peu pour renifler ou creuser, accélérer vers quelque chose qui l’intéresse, explorer un buisson, se rouler, observer, courir, se coucher, trotter et laisser trainer son nez au vent. Se promener en liberté, c’est l’occasion pour le chien d’être un chien, de la façon la plus simple et la plus parfaite qui soit.

Sauf que, ce n’est pas si facile que ça de l’atteindre cet objectif. Si certains chiens ne poseront jamais de difficulté à ce niveau, pour d’autres un véritable travail de fond sera nécessaire pour pouvoir les détacher, dans des environnements choisis.
L’entrainement, la gestion de l’individu, le choix de l’environnement c’est notre responsabilité, celle liée à l’adoption d’un être vivant.

Mes chiens et moi avons toujours vécu en environnement urbain et péri-urbain, qui implique des contraintes particulières (il y en a également en milieu rural, mais elles sont parfois différentes).
Dans ce milieu de vie, les balades se font dans des parcs que nous devons partager intelligemment avec d’autres usagers, variés et nombreux – vélos, poussettes, joggeurs, promeneurs, autres chiens … – , des coins de nature préservée, qui sont assez souvent des réserves naturelles où les chiens sont tolérés détachés si sur les chemins, et heureusement quelques endroits moins fréquentés et où nos chiens sont plus libres de faire ce qu’ils veulent.

Si notre objectif à tous devrait être de sortir notre chien en liberté, ce n’est pas possible pour tous, tout de suite, tout le temps, partout.

Les éducatifs préalables.

La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Si votre chien a le droit à sa liberté, les autres ont le droit de ne pas se voir imposer un truc poilu, envahissant, intimidant ou vociférant.
Afin de respecter les autres usagers de nos lieux de balades, il est important d’enseigner un certain nombre de signaux à nos chiens.

Pourquoi plusieurs signaux et pas simplement le rappel? Parce que le rappel, c’est le retour du chien à l’humain, véritablement. Le chien doit tout laisser en plan, pour revenir à notre contact, ce qui n’est pas toujours si facile à réaliser. Non seulement ce n’est pas une chose simple pour le chien, mais ce n’est pas non plus une chose essentielle en toute circonstance. Nous n’avons pas toujours besoin que notre chien revienne au contact lorsqu’un stimulus apparaît. Et si moins suffit, pourquoi exiger plus?
Selon moi, 5 comportements sont utiles pour promener son chien sans laisse en respectant les autres et en lui laissant le plus de liberté possible – les mots sont proprement indicatifs et chacun est libre choisir les siens.

  • Tu viens: Le rappel, impliquant de revenir à moi et de s’arrêter à mes côtés, en attendant l’indication suivante (signal libératoire, remise en laisse, marche au pied ou attente)
  • Tu laisses: En somme, ce signal signifie « ne t’occupe pas de ça », ça pouvant être un cheval, un restant de frite, un cycliste… En dehors de cette « interdiction », mon chien reste libre de faire ce qu’il souhaite: continuer à regarder ce qui l’intéresse, poursuivre sa balade, s’arrêter sur odeur etc.
  • Devant: Continue d’avancer. Ce comportement est utile lors de croisement, lorsqu’on se fait doubler ou quand notre chien a perçu quelque chose d’intéressant sur les côtés par exemple.
  • Tu attends: Reste où tu es, jusqu’à ce que je te dise que c’est bon. Ce comportement permet de laisser passer, de rattraper un chien qui nous devance de beaucoup etc.
  • On y va: Indique à mon chien que je me déplace et qu’il faut qu’il me suive, à la distance qu’il veut. Lorsque l’environnement le permet, on peut ainsi choisir de contourner un stimulus, plutôt que de rappeler et rattacher pour le dépasser.

Ces signaux sont là pour assurer la tranquillité des autres et la sécurité de votre chien… Et c’est tout! Je veux dire par là qu’ils ne doivent pas devenir un carcan empêchant votre chien de faire des trucs de chiens. Si vous les utilisez pour empêcher votre chien de se rouler avec délectation dans du fumier, pour avoir un chien qui marche à côté de vous, tout le temps, pour lui interdire toute initiative, vous ne lui offrez aucune liberté. Suivant le niveau de contrôle que nous exigeons de notre chien et que nous exerçons sur lui, la balade sans laisse du chien peut être en réalité bien plus frustrante et contraignante qu’une sortie en longe.

Les chiens réactifs.

Un chien dit réactif est un chien qui réagit de façon excessif à des stimulations ordinaires. Cela peut être la vue d’un autre chien, la proximité avec un humain inconnu ou un bruit sourd par exemple.
Un grand nombre de choses peuvent faire d’un chien un chien réactif: traumatisme, mauvaise socialisation ou familiarisation, mode de vie inadapté, modification brutale du quotidien, incapacité à gérer ses émotions…Les réponses comportementales sont variées mais impliquent généralement la fuite et/ ou des comportements agressifs.

Il est évident que ces chiens ne doivent pas être lâchés dans toutes les circonstances, non seulement par considération pour les autres (même si votre chien ne fait qu’aboyer sur ce qui lui fait peur, pour le dit individu qui fait peur, c’est également une situation stressante) mais aussi parce que vous ne rendez pas service à votre chien en le laissant se déclencher.

Source: hund.fr

Suivant le seuil de déclenchement du chien et ce qui amène le dit déclenchement, il sera plus ou moins possible de le détacher (si il est réactif aux humains, dès 200m se sera évidemment plus rare que si c’est aux chiens noirs, grands et poilus).

Dans tous les cas, un travail de fond doit être effectué pour ramener le chien à mieux appréhender les situations qui lui posent problème et la vigilance est de mise durant la durée de ce travail. Un chien qui déclenche est un chien dans un gros inconfort émotionnel, et un chien dans un gros inconfort émotionnel est un chien dans ses retranchements. Sans jamais parler de méchant chien – car il n’est en rien question de méchanceté- n’oubliez pas que c’est un animal avec de jolies grandes dents. Pensez aux mollets des autres, au stress que l’entrée dans la zone rouge implique (et au retour en arrière que vous faites dans votre rééducation chaque fois qu’il déclenche) et attachez votre chien lorsqu’il en a besoin.

Les instincts qui débordent.

Une définition de l’instinct peut être celle ci: Tendance innée à des actes déterminés, exécutés parfaitement sans expérience préalable.

Chez les chiens, nous avons façonnés cet instinct pendant des générations pour qu’ils exécutent certaines tâches. Ainsi ils peuvent avoir l’instinct de rassembler, de fixer, de poursuivre, de rapporter etc.

Nous autres, humains de chiens de compagnie, nous ne recherchons pas ces comportements, cela n’empêche pas que chez certains individus ils peuvent être bien présents. Et bien ennuyants.

Certains chiens vont chercher à interrompre les mouvements, quitte à pincer les cyclistes. Certains vont chercher à protéger un espace, qui à charger les personnes arpentant le même chemin. Certains vont prendre en chasse les proies, quitte à s’attaquer aux tout petits chiens. Certains pisteront le gibier, quitte à traverser des routes.

Travailler sur de l’instinct n’est pas facile car les comportements associés sont très plaisants pour le chien, que chaque expérience perfectionne la technique et que son expression est bien souvent associé à un besoin non respecté.
Il convient donc d’être responsable, d’avoir conscience de l’individu avec lequel on vit et de prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de tous.

Détacher son chien de façon responsable, c’est du travail. Parfois simple et parfois extrêmement complexe. Mais si vous ne deviez travailler que sur un chose avec votre chien, cela devrait être là dessus. Un chien que l’on peut détacher facilement et régulièrement est un chien qui va bien, et qui va continuer à aller bien.

La plupart des gens qui vivent avec un chien sont pleinement conscient de ce qu’apporte les balades en liberté à leur compagnon, pour leur équilibre émotionnel et mental, pour la satisfaction de ses besoins, pour le lien qui les lie.

Oui mais alors, si on a un chien que nous ne pouvons pas détacher, qu’est ce qu’on fait?

Une longe et de l’écoute.

Lorsque détacher son chien n’est pas possible, il faut veiller à lui laisser le plus de mobilité possible. Une longe de 10mètres permet bien plus de changement d’allure et de comportement exploratoire qu’une laisse 1m80.

Mais plus encore que la taille de la longe, c’est votre attitude qui va donner un caractère satisfaisant aux balades: laissez votre chien faire ses trucs de chien. Laissez le prendre le temps de renifler, même si il passe 10minutes sur ce fichu buisson, laissez le se rouler dans l’herbe, laissez le creuser, même si vous devez faire des écarts pour éviter d’être couvert de boue. Ce n’est pas parce que votre chien ne peut pas être détaché qu’il doit être privé de tout ce qui fait que pour lui, le monde vaut le coup d’être exploré.

Connaître ses besoins et les respectez.

Certains chiens auront des besoins qui ne peuvent pas être comblés par des balades en longe. Il faut alors s’adonner à des activités qui le permettent.
Par exemple pour un chien qui a un besoin exploratoire intense, on pourra faire du maintrailing ou de la recherche. Ou pour un chien qui a un besoin locomoteur élevé, on pourra faire du sport de traction.

Créer des parenthèses.

Dans la plupart des cas, il y a quand même des contextes dans lesquels lâcher le chien est possible. Provoquez les.
Si votre chien se précipite sur tous les chiens qu’il croise, sortez le à des heures où il n’y a personne à part vous et là où vous avez de la visibilité.
Si votre chien chasse, emmenez le à la mer (Coucou Nomi).
Si votre chien a peur des inconnus, sortez des chemins et arpentez les bois.

Créer les conditions nécessaires à la liberté de son chien est parfois difficile, mais le jeu en vaut la chandelle croyez moi.

Ne pas abandonner.

Ca sera peut être long. Peut être qu’il y aura toujours des endroits, des contextes, dans lesquels votre chien devra resté attaché. Vous aurez parfois l’impression que ça ne sert à rien, pire que vous reculez.
Mais il est toujours possible de progresser vers plus de liberté.
Cela vous fera sans doute des noeuds au cerveau, cela vous fera sans aucun doute reconsidérer ce que vous pensiez être des certitudes, la solution viendra peut être de là où vous ne l’attendiez pas.
Promenez votre chien en liberté sera peut être le défi de notre vie ensemble, mais c’est le plus beau que vous puissiez relever.

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Une réflexion au sujet de « Liberté et responsabilité »

  1. Bel article. Mon chien court après les voitures qui tracent à l horizon… Pas facile tous les jours mais j’ai des ballades sans routes à l horizon. Donc j arrive à détacher et quel bonheur !

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