Ne pas savoir, ne pas comprendre, ne pas voir

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Un peu comme les 3 singes. La petite trinité des incompréhensions et des quiproquos sont souvent sources de tensions, voire de conflits: ne pas savoir comment l’autre fonctionne, ne pas comprendre ce qu’il nous dit et ne pas le voir, parce qu’on ne peut/veut pas.

Comme dans toute relation, il y a bien sûr bien sûr plein de petits grains de sables qui peuvent se glisser dans les rouages. Mais la théorie de la dominance, la méconnaissance du langage canin et le décalage entre ce à quoi on s’attendait et ce qu’on vit réellement, ce sont plus de gros cailloux que d’innocents grains de sable.

 

La grille de lecture hiérarchique.

 

Cela fait maintenant longtemps que la théorie de la dominance, qui faisait loi en terme de comportement canin, a été réfutée.
Toutefois, les habitudes sont bien ancrées et il est encore très courant d’entendre parler de chien dominant ou de la place de chef que nous devrions occuper. Le principal problème de cette vision du chien n’est pas la violence, même si c’est ce dont on parle le plus. Certains se servent bien de cette soit disant dominance pour contraindre les chiens physiquement, trouvant là l’excuse idéale pour justifier un comportement injustifiable. Mais la plupart des propriétaires convaincus d’avoir un chien dominant ne sont pas maltraitants.
Le véritable problème, c’est la lecture des comportements du chien, et donc notre action dessus.

 

Avec une vision hiérarchique du chien, les comportements sont vus de façon assez binaire : tirer en laisse, voler de la nourriture, être envahissant, monter sur des meubles, entrer dans des pièces interdites, être agressif avec ses congénères, grogner à la gamelle, tous ces comportements sont considérés comme les manifestations d’une attitude dominante.

La solution à tout problème est alors invariablement la même : reprendre la place de chef aux yeux du chien. Ce qui en général veut dire : énorme contrôle exercé sur l’animal, suppression des initiatives et réprimandes des comportements indésirables (verbalement, par intimidation ou isolement).
On ne se pose alors pas de question sur la compréhension qu’a le chien de nos demandes, la clarté de nos indications, nos méthodes d’éducation, le bien être du chien, la satisfaction de ses besoins physiologiques, son insertion dans le foyer…

On voit bien alors comme le fait de voir tous ces comportements de la même façon – comme l’expression d’un mauvais positionnement hiérarchique au sein du foyer – nous empêche d’apporter une réelle réponse au réel problème. Contraindre le chien à se comporter comme on le souhaite peut fonctionner (et encore pas toujours) au sens où les symptômes – et donc les inconvénients pour nous – peuvent disparaître. Mais il ne s’agit que de ça, un pansement sur une jambe de bois.
Mettons que votre chien aboie comme un fou furieux lorsqu’il voit des congénères parce qu’il en a peur (expérience négative, mauvaise socialisation ou port du collier étrangleur avec saccade lors des croisements tiens pourquoi pas). Vous pouvez, en le rabrouant, en le contraignant à rester à proximité, obtenir un chien qui ne moufte plus. Mais cela ne signifie pas qu’il n’aura plus peur, c’est juste ce qu’on appelle de la détresse acquise. Le comportement gênant disparaît, mais pas le stress originel, avec toutes ses conséquences néfastes possibles.

 

Et il n’y a pas que dans leurs rapports avec nous que la vision du chien selon un modèle hiérarchique pose problème, c’est également le cas lorsqu’il s’agit d’interactions entre chiens.

 

Si l’on le considère comme une espèce dont l’organisation sociale se fait selon un paradigme dominant/dominé, nous voyons toutes leurs interactions comme le reflet de cette relation particulière. Nous ne voyons pas un comportement d’évitement par exemple, nous voyons un comportement de soumission.

Coupés de la possibilité d’observer de façon neutre les interactions entre nos chiens, pour ensuite leur donner une signification – en fonction du contexte, des individus, des séquences comportementales- nous sommes tout de suite dans l’interprétation. Et la conclusion.
En fonction de ce que nous voyons, nous allons déterminer qui des deux est le dominant, et organiser le respect de cette supposée hiérarchie dans notre quotidien.

Selon le modèle hiérarchique, le dominant passe en premier. Ce qui signifie que celui de nos chiens que l’on considère comme dominant se verra attribuer en premier câlins, gamelles, friandises, jeux etc.
Le but de respecter cette soi-disant hiérarchie est de maintenir des relations pacifiques entre nos animaux. Sauf que l’on risque fort au contraire de créer des situations conflictuelles.

 

Vos chiens se parlent, communiquent, manifestent leurs envies, leurs besoins, se disent quand ils veulent vraiment quelque chose, quand ils veulent partager, quand ils sont prêts à renoncer.
En donnant systématiquement d’abord à l’un, vous ne leur permettez pas de faire leurs propres choix et compromis. En plus de ces couacs de communication, vous risquez de créer des tensions autour des ressources.
Admettons que l’un de vos chiens soit très porté sur la nourriture. Vraiment beaucoup. L’autre clairement moins. Mais pour différentes raisons (c’est le premier arrivé/ il est plus exubérant/ il rembarre beaucoup son congénère/ il n’est pas commode avec les autres chiens croisés en balade etc), vous avez évalué que c’est l’autre, le dominant. Donc, dans un souci d’harmonie, c’est à l’autre que vous donnez en premier gamelle et friandises. Imaginez la frustration, voire l’angoisse dans certains cas, de l’accroc de la bouffe. En voir, ne pas l’avoir et pire la voir donnée à l’autre chien, quand bien même il lui a clairement signifié qu’il la voulait vraiment, au point de monter sur ses grands chevaux si il le faut. Cela crée de vrais climats de tension.

 

Et puisqu’il en est question ici, passons à la deuxième grande cause d’incompréhension entre nous et nos chiens.

Le langage canin.

 

Le terme de langage désigne notamment des actions ou comportements porteurs d’un message. En ce sens il est indéniable que les chiens sont doués de langage.

 

Mais si il est une condition sine qua none, le langage n’est pas suffisant à la communication. Pour qu’il y ait communication, il faut que le langage soit maîtrisé par toutes les parties prenantes, qu’une action ou un comportement donné corresponde à la même information des 2 côtés.

Or nous ne parlons pas chien. Pas plus que nous parlons coréen. Nous ne le parlons que si nous l’apprenons.
Oh bien sûr nous en comprenons quelques brides. Quelques notions que nous avons déduit du contexte, quelques autres apprises comme ça, à l’occasion d’une rencontre et quelques autres qui nous viennent de ce qu’on peut appeler la culture générale.

Mais c’est bien insuffisant pour vivre ensemble.

 

Avec leurs petits bruits, leurs aboiements, leurs grognements, leurs hurlements, leurs mimiques, les mouvements de leurs yeux, de leur queue, de leurs pattes, de leur corps tout entier, la façon dont ils se tiennent, la façon dont leurs poils se dressent ou orientent les oreilles, les chiens se disent et nous disent tout un tas de choses.

Malheureusement, bien souvent nous sommes des touristes avec un glossaire auquel il manquerait les ¾ des pages dans un pays inconnu, avec un alphabet, des sonorités et une grammaire très différents.
Alors nous faisons des mauvaises interprétations, des conclusions erronées et … Ca finit parfois en eau de boudin.
Comme par exemple la situation assez classique du chien qui déboule sur vous en balade accompagné d’un « Il est gentil, il veut juste jouer » au loin, alors que les oreilles, les épaules et la queue haute du chien, sa manière d’arriver tout droit et son regard fixe ne vous disent pas tout à fait la même chose.

 

La meilleure manière d’apprendre leur langue c’est de suivre des stages avec des professionnels aguerris. Mais comme le meilleur n’est pas toujours possible, je vous conseille ces deux livres :

  • Les signaux d’apaisement de Turid Rugaas
  • Parler chien de Barbara Schöning & Kerstin Röhrs

 

Jusqu’ici, les moyens de mieux se comprendre étaient clairs, pas simples mais clairs : apprendre, remettre les choses en questions, observer et apprendre encore.

 

Mon dernier point est plus difficile car il demande de prendre du recul, de se détacher de la situation.

 

Les émotions qui masquent la réalité.

 

J’en ai déjà parlé mais c’est une thématique récurrente.
Lorsque nous accueillons un chien, nous avons des attentes envers lui, plus ou moins hautes, plus ou moins réalistes.
Et bien sûr parfois, elles ne sont pas atteintes. Suivant les origines de ces attentes, y renoncer peut être difficiles, douloureux. Alors parfois nous nous voilons la face, faisons comme si de rien n’était et continuons de le traiter comme le chien qu’il n’est pas, de le pousser à devenir ce qu’il ne sera jamais.

 

Cela peut être ce chien qu’on a acheté pour qu’il soit le meilleur ami de nos enfants, parce que c’est ce dont on a rêvé nous même petit,  mais cela ne se passe vraiment comme prévu.
Cela peut être ce chien, arrivé 15ans après la mort du précédent, de la même race, de la même couleur, du même sexe. Un deuil difficile, et finalement on a franchi le cap, transférant tous nos souvenirs, parfois enjolivés par le temps et le manque, sur ce petit chiot qui se révèle finalement être un individu bien différent de son prédécesseur. Mais l’accepter serait comme faire un deuxième deuil, alors on fait comme si on ne se rendait compte de rien.
Cela peut être ce chien dont on rêve qu’il nous accompagne dans notre passion, un sport canin. Sauf que ce chien là, ça ne lui plait pas, ce qui est son droit. Mais on n’est pas prêt à le voir alors on continue à pousser, à trouver tout un tas de raisons au manque d’enthousiasme.

 

La liste est interminable, nous avons tous nos attentes, tous un chien idéal : celui qui sera notre ombre, celui qui sera le meilleur ami de notre premier compagnon, celui qui montera la garde, nous rassurant même si nous vivons isolé, celui qui convaincra le conjoint que si, finalement prendre un chien était une bonne idée, celui qui nous accompagnera dans notre passion pour les randonnées, celui qui apaisera notre solitude, et ainsi de suite…

 

Il n’y a pas de jugement de valeurs à faire sur ces attentes, pas de culpabilité à avoir.
Ce qu’il faut par contre c’est être conscient de ces attentes, de leur origine, et ainsi comprendre pourquoi tel comportement nous irrite autant, nous met si mal à l’aise ou en colère.
Savoir pourquoi on attendait de notre chien qu’il se comporte de telle manière, aide à comprendre les émotions qui nous submergent lorsqu’il ne le fait pas. La compréhension est un premier pas vers l’acceptation, un pas vers celui qu’est vraiment notre chien. Un pas vers une meilleure compréhension.

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2 réflexions au sujet de « Ne pas savoir, ne pas comprendre, ne pas voir »

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