Un chien dans la ville

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Après 6ans de vie en ville avec les chiens, de la petite ville résidentielle à la grande métropole, nous déménageons la semaine prochaine à la campagne (tout est relatif, mais pour nous c’est la campagne ^^).

Avec le recul, il y a quelques petites choses que j’aurais aimé savoir sur les spécificités de la vie en ville avec un chien, et je vais les résumer ici.

Les défis de la jungle urbaine.

  • Le mouvement et le bruit.

La ville est un environnement hyper stimulant, entre les passants, les commerces, les véhicules, les vélos, les chats, les chiens, les sorties d’école, le passage des ambulances ou des camions poubelle, les poubelles partout et tout ce qu’on peut imaginer d’autres, il y a fort à faire pour un chien.
En plus des multiples odeurs qu’il a à analyser, d’autres sens du chien sont également très sollicités: la vue et l’ouïe.
Cette overdose d’informations à traiter peut rendre un chien anxieux, beaucoup plus réactif aux moindres stimulations ou tout simplement très distrait. Par ailleurs, les mouvements rapides de tout ce qui a des roues, dans certaines conditions et sur certains chiens, excitent l’instinct de prédation, incitant le chien à poursuivre ou stopper.

  • L’absence de distance de confort

La distance de confort est la distance entre le chien et le stimulus qui lui permet d’être à l’aise. Parfois elle est quasiment de 0 (certains chiens apprécient et recherchent le contact avec n’importe quel humain par exemple), parfois de plusieurs centaines de mètres (ceux qui ont vécu des rééducations comportementales visualisent bien la chose).
Sauf que, en ville, coincés sur un trottoir, entre les maisons et la route, il est parfois très difficile de respecter ces distances.
Dans le cas de croisement, c’est encore accentué, chacun se dirigeant droit vers l’autre, à une allure plus ou moins rapide (donc même pas de temps d’analyse et d’appréhension). Ce n’est pas une façon canine d’approcher un individu non connu.
Si on rajoute la contention de la laisse, cela peut devenir vraiment difficile à gérer pour certains chiens.

  • Des contacts congénères contrariés.

Par la laisse souvent, par l’impossibilité de s’aborder correctement, par le fait d’en apercevoir souvent sans entrer en interaction, par le grillage entre le jardin et le trottoir, par le manque d’espace pour s’analyser avant de se rencontrer etc.

  • Des espaces verts à partager

Dans n’importe quelle ville on trouve toujours un petit bout de verdure où promener le chien.
Sauf que tous ne sont pas accessibles aux chiens sans laisse, et que dès l’arrivée des beaux jours il faut composer avec une fréquentation assez importante.
Ainsi, difficile de laisser explorer et vagabonder le chien, que nous devons souvent rappeler, parfois garder attacher, et que nous devons aider à gérer les croisements avec les chiens, vélos, joggeurs et autres poussettes.
En bref, à part sous une pluie diluvienne, les balades demandent toujours au chien de la tolérance et du contrôle.

  • Le contrôle

Puisqu’on en parlait, finissons en précisant un peu plus.
En ville, il y a beaucoup de comportements naturels de nos chiens que nous ne pouvons pas laisser exprimer: les aboiements dans une certaine mesure, creuser lorsque nos seuls accès à la verdure sont le jardin commun de l’immeuble et les parcs urbains bien fleuris, uriner à certains endroits parfois (j’ai connu des voisins guettant derrière le rideau le moindre chien s’attardant un peu trop devant chez eux) ou même la possibilité de suivre une piste (pas de bol, le hérisson que tu cherches à traverser une route, tu ne suivras pas plus loin).

 

En somme, la ville c’est beaucoup de stimulations et peu de possibilités pour le chien de s’exprimer comme il le voudrait.
Elle demande de lui un niveau de contrôle assez important, tout en laissant peu d’occasions de réellement relâcher la pression.

Ca a l’air très négatif présenté comme ça, et je ne vais pas le nier ce n’est pas forcément facile, pour l’humain comme pour le chien.
Toutefois, il est tout à fait possible de vivre une relation épanouie avec un chien heureux lorsqu’on habite en ville.
Cela demande juste quelques précautions et ajustements :).

Prévenir et compenser

  • Liberté de mouvements et d’initiative

Difficile en pleine ville ou dans un parc urbain de laisser le chien réellement libre de ses mouvements et de suivre son nez.
C’est pourquoi il est important de compenser cette demande de retenue par des moments de véritables liberté. Cela peut se faire par des balades émotionnelles ou des balades silencieuses, en faisant le déplacement de temps en temps vers des lieux se prêtant à ce genre de balade.

  • Rejoindre un groupe de balade

Les réseaux sociaux rendent parfois possibles des choses bien sympas, et permettent de trouver d’autres chiens (et humains) avec qui partager des balades.
Attention toutefois à ce que ce ne soit pas la foire d’empoigne ou un joyeux n’importe quoi. Le but est d’offrir à votre chien des interactions congénères régulières et de qualité, choisissez donc vos partenaires en fonction de la compatibilité de vos chiens, laissez leur le temps de s’appréhender avant de les lâcher les uns sur les autres et veillez à ce que l’excitation ne monte pas trop et trop longtemps.

  • Eviter les erreurs de casting

Tous les environnements ne conviennent pas à tous les chiens, et la ville n’est clairement pas le lieu de vie idéal – et même un lieu de vie agréable- pour certains chiens.
Alors, lorsque vous choisissez votre chien, prenez ce paramètre en compte.
Et en fonction de la spécificité de votre lieu demandez vous si un chien aboyeur sera un problème? Si un chien chasseur sera un problème? Si un chien avec un gros besoin de dépense d’énergie sera un problème? Quel est le goût de ce chien pour les gens, les chiens? Aura t il tendance à être hypervigileant? Réactif au mouvement?
Bref, au même titre que votre rythme de vie ou la composition de votre foyer, votre lieu de vie (et ses probables évolutions) sont un élément capital dans le choix de l’individu qui va venir vivre avec vous.

  • Les questions de réactivité.

Que ce soit sur les chats, les chiens, les gens, les vélos, les motos ou que sais je encore, la ville est un environnement difficile pour un chien réactif (et pour son humain). Parce qu’il est difficile de gérer suffisamment l’environnement pour éviter de le mettre en difficulté.
Si votre chien est réactif, faites appel à un professionnel sans tarder.
Et si vous avez un chiot, allez y doucement dans la confrontation à l’environnement. On dit souvent qu’il faut montrer le maximum de choses à un chiot, pour qu’il se socialise/ se familiarise. Dans l’absolu ce n’est pas faux, mais il faut avoir la manière. L’important n’est pas tant que le chiot voit tout, mais que tout ce qu’il voit soit neutre ou positif.
Mettre un tout jeune chiot en plein milieu d’un marché peut être terrifiant: tout est immense par rapport à lui, beaucoup de choses lui sont inconnues, il y a trop d’éléments pour qu’il puisse tous les analyser, les mouvements l’énervent, les bruits le surprennent etc. Alors on commence tout doux, avec des sorties à des heures et des endroits calmes, et on ajoute les stimuli petit à petit, en observant ses réactions.

  • Respecter ses choix

Sans parler de problèmes de comportement, certains chiens n’aiment pas certaines choses. Certains chiens, parfaitement sociables, n’aiment pas les contacts en laisse. Certains chiens sont nerveux au passage des camions poubelles. Certains chiens n’aiment pas marcher près d’une route passante. Certains chiens n’aiment pas aller au parc lorsque des groupes d’enfants jouent au ballon. Tous ces chiens sont parfaitement normaux et ont des raisons parfaitement logiques de ne pas apprécier ces situations. Par respect pour l’animal qui vit avec nous, il sera important de prendre en considération ces désamours. De deux choses l’une, soit on peut gérer l’environnement et les déplacements de façon à ne pas le mettre en difficulté, soit on ne peut pas éviter la situation et un travail doit être fait pour changer la perception du chien, au risque de le rendre anxieux ou réactif.

  • Pratiquer des activités canines

Lorsqu’elle s’insère dans un pluralisme d’activités (parmi lesquelles doit toujours figurer la balade, et en première place), la pratique d’un sport canin est un bon moyen de permettre au chien d’exprimer des comportements naturels, qui sont plus ou moins contrariés dans la vie de tous les jours.
Je suis toujours partisane de laisser le chien choisir quelle activité il veut faire (à nous ensuite de déterminer pourquoi), mais dans ce cas précis je trouve que c’est encore plus important. Le but est de trouver un exutoire afin d’avoir un chien équilibré, comblé dans ses besoins.
Lui mieux que personne sait ce dont il a besoin, ce qui lui manque. Sentir? Se déplacer vite? Courir longtemps? Attraper un simulacre de proie? Réfléchir? Rassembler? Le mieux est de tester et d’évaluer, à la fois le plaisir que le chien prend et l’impact sur son comportement à plus long terme.

En somme vivre en ville avec un chien, c’est surtout une question de compromis et de bon sens.

Les apprentissages indispensables.

Ils ne sont pas très nombreux en réalité, mais ont un réel impact sur la qualité de vie.

  • « Tu laisses »: dans un environnement aussi varié et stimulant, il est important que le chien soit capable de se détacher d’un stimulus si on en a besoin.
  • La marche en laisse. Parce qu’inévitablement le chien sera souvent attaché, il est important que cette marche se fasse en laisse détendue. Attention, plus que la technique d’apprentissage, ce qui permet au chien de marcher sans tirer en laisse c’est qu’il soit à l’aise dans son environnement et respecté dans ses besoins d’exploration, de dépense physique et d’interactions sociales.
  • Le rappel. Parce que les parcs urbains ont souvent une taille réduite et que bien d’autres individus en profitent, il faut que le chien reste sous contrôle lorsqu’il est détaché, par respect pour les autres et pour sa propre sécurité. Mais là aussi, un bon rappel n’est possible que si le chien se sent bien ;).

Voilà qui conclut cet article et en quelque sorte mes années de vie citadines.
Gardez à l’esprit que vivre en ville demande beaucoup de contrôle au chien et que si elle peut évidemment être très agréable, il est important à veiller à ne pas lui demander trop et à le remercier régulièrement de ses merveilleuses facultés d’adaptation en lâchant la bride :).

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